RéglementationActu RHMis à jour juillet 2026

AI Act et RH : quelles obligations pour les employeurs en 2026 ?

Tri de CV, scoring, évaluation automatisée… Vos outils RH sont classés « haut risque ». Certaines obligations s'appliquent déjà. Voici ce que vous devez faire — et quand.

4 juillet 202612 min de lecture

L'essentiel en 30 secondes

  • 1L'AI Act classe la quasi-totalité des outils RH algorithmiques (tri de CV, scoring, évaluation) en catégorie « haut risque ».
  • 2Certaines obligations s'appliquent déjà depuis février 2025 : pratiques interdites (reconnaissance des émotions) et formation des équipes à l'IA.
  • 3Les obligations les plus lourdes, prévues pour août 2026, ont été reportées au 2 décembre 2027 par le « Digital Omnibus ».
  • 4Ce report n'est pas un feu vert pour l'inaction : la CNIL intensifie ses contrôles dès l'automne 2026.
  • 5Les sanctions peuvent atteindre 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial.

L'AI Act en bref : de quoi parle-t-on ?

Le règlement (UE) 2024/1689, dit « AI Act », est le premier cadre juridique contraignant au monde consacré à l'intelligence artificielle. Entré en vigueur le 1er août 2024, il s'applique de façon progressive et repose sur une logique simple : plus un usage de l'IA présente de risques pour les personnes, plus les obligations sont lourdes.

Risque inacceptable

Usages interdits : notation sociale, manipulation comportementale, reconnaissance des émotions au travail (sauf exceptions).

Haut risque

Autorisé mais soumis à obligations strictes (documentation, supervision humaine, traçabilité). C'est ici que se trouvent la plupart des outils RH.

Risque limité

Obligation principale de transparence : informer l'utilisateur qu'il interagit avec une IA (ex : chatbot).

Risque minimal

Aucune contrainte particulière. Concerne la majorité des usages courants.

Point souvent ignoré : l'AI Act ne concerne pas que les éditeurs de logiciels. En tant qu'entreprise utilisatrice d'un outil d'IA — ce que le règlement appelle un « déployeur » — l'employeur porte lui-même des obligations juridiques. Votre ATS peut intégrer un module IA sans que vous en ayez pleinement conscience, et c'est pourtant vous qui restez responsable.

Pourquoi les RH sont en première ligne

L'annexe III du règlement liste les domaines considérés comme « haut risque ». L'emploi y figure en bonne place. Sont concernés les systèmes d'IA utilisés pour :

La diffusion d'offres d'emploi ciblées

Le tri et le filtrage des candidatures (CV parsing, scoring, matching)

L'évaluation des candidats (tests automatisés, analyse d'entretiens vidéo)

Les décisions de promotion ou de fin de relation contractuelle

L'attribution des tâches fondée sur le comportement ou les traits de personnalité

Le suivi et l'évaluation des performances des salariés

Si votre entreprise utilise un logiciel de tri de CV, un outil de scoring de candidats ou un module d'évaluation automatisée, elle exploite très probablement un système d'IA à haut risque au sens du règlement.

Ce qui s'applique déjà (et que beaucoup ignorent)

Plusieurs dispositions sont déjà en vigueur depuis février 2025

En vigueur depuis le 2 février 2025

1. Les pratiques interdites

La reconnaissance des émotions des salariés (hors exceptions liées à la sécurité) et la catégorisation biométrique sont prohibées sur le lieu de travail, quelle que soit la taille de l'entreprise. Un outil qui analyserait l'état émotionnel de vos collaborateurs en visioconférence tombe sous le coup de cette interdiction. Sanctions maximales : jusqu'à 35 M€ ou 7 % du CA mondial.

En vigueur depuis le 2 février 2025 — Article 4

2. L'obligation de « maîtrise de l'IA »

Toute organisation qui utilise des systèmes d'IA doit s'assurer que son personnel dispose d'un niveau suffisant de compétences et de compréhension de l'IA. Concrètement : former les équipes RH qui utilisent ChatGPT, Copilot ou tout outil intégrant de l'IA. Cette obligation s'applique sans seuil de taille — les PME sont concernées au même titre que les grands groupes.

État des lieux : seuls 47 % des salariés déclarent avoir reçu une formation à l'IA, et selon l'ANDRH, à peine 6 % des entreprises disposent d'une charte IA.
En vigueur depuis le 2 août 2025

3. Les règles sur les modèles d'IA à usage général

Les fournisseurs de grands modèles (LLM) sont soumis à des obligations propres. Côté employeur, l'impact est indirect mais réel : cela renforce les exigences de transparence de vos fournisseurs d'outils.

Le Digital Omnibus reporte l'échéance haut risque

Calendrier mis à jour

2 février 2025

Pratiques interdites + obligation de formation

2 août 2025

Règles sur les modèles à usage général (LLM)

2 décembre 2026

Marquage des contenus générés par IA (art. 50)

2 décembre 2027

Obligations haut risque — outils RH (reporté du 2 août 2026)

Le report n'est pas un feu vert pour l'inaction

La CNIL a annoncé qu'elle intensifierait ses contrôles sur les systèmes RH dès l'automne 2026 — le recrutement est une de ses priorités. Et la mise en conformité d'un système haut risque se compte en mois : décembre 2027, c'est demain.

Les obligations « haut risque » à anticiper d'ici décembre 2027

1

Inventorier et cartographier

Tous les systèmes d'IA utilisés dans les processus RH, y compris les modules IA « cachés » dans les SaaS existants (ATS, SIRH, outils d'entretien vidéo).

2

Garantir une supervision humaine effective

Aucune décision produisant un effet juridique sur un candidat ou un salarié (rejet de candidature compris) ne peut être prise par un algorithme seul — une exigence qui rejoint l'article 22 du RGPD.

3

Tenir la documentation technique

Conserver les journaux d'activité (logs) du système pendant la durée prévue par le règlement.

4

Exiger de ses fournisseurs les preuves de conformité

Documentation des articles 9 à 15, rapports de tests de biais, marquage CE le moment venu.

5

Informer les personnes concernées

Candidats et salariés doivent savoir qu'un système d'IA est utilisé et à quelles fins.

6

Réaliser les analyses d'impact

En articulation avec l'AIPD du RGPD lorsque des données personnelles sont traitées — ce qui est quasi systématique en RH.

AI Act + RGPD + Code du travail : le triple verrou français

L'AI Act ne remplace pas les obligations existantes, il s'y ajoute. En France, trois cadres se superposent :

RGPD
  • Registre des traitements
  • AIPD pour le scoring et profilage
  • Information des personnes
  • Conservation des CV : 2 ans max (CNIL, avril 2026)
Code du travail
  • Consultation du CSE obligatoire avant tout outil algorithmique
  • Obligation de sécurité (art. L. 4121-1)
  • Évaluation des risques IA sur la santé des salariés
Droit anti-discrimination
  • Responsabilité même si la décision est prise par un algorithme
  • Discrimination indirecte = sanction possible
  • Exemple : système Amazon abandonné pour biais sexiste

Quelles sanctions en cas de manquement ?

Type de manquementAmende maximale
Recours à des pratiques interdites35 M€ ou 7 % du CA mondial
Non-conformité des systèmes à haut risque15 M€ ou 3 % du CA mondial
Communication d'informations inexactes aux autorités7,5 M€ ou 1 % du CA mondial

Des plafonds proportionnels réduits s'appliquent aux PME et startups. Au-delà de l'amende, un système non conforme peut être interdit d'exploitation.

Le kit opérationnel : par où commencer ?

Un plan en 3 phases, du plus urgent au plus structurant

Étape 0 — L'audit flash (une demi-journée)

Trois questions suffisent pour savoir où vous en êtes :

01

Suis-je capable de lister tous les outils IA utilisés dans mes processus RH ? Si la réponse est non, c'est votre chantier n°1. Pensez aux modules cachés : votre ATS propose-t-il un « matching intelligent » ?

02

Mes équipes qui utilisent l'IA ont-elles été formées ? L'obligation de maîtrise de l'IA (article 4) est déjà en vigueur.

03

Un outil que j'utilise prétend-il analyser les émotions ou la personnalité via la biométrie ? Si oui, arrêt immédiat : pratique interdite depuis février 2025.

Phase 1 — À boucler sous 1 à 2 moisDéjà applicable

Recenser tous les outils numériques RH dans un tableau unique (nom, éditeur, usage, présence d'une brique IA, données traitées)

Envoyer un questionnaire aux éditeurs pour les cases « inconnu »

Recenser aussi les usages non officiels (shadow AI) : mini-sondage interne anonyme

Classer chaque usage par niveau de risque (aide à décider du sort d'un candidat = haut risque)

Organiser une session de sensibilisation IA pour les équipes RH (2-3 h) et conserver la feuille d'émargement

Rédiger et diffuser une charte IA : outils autorisés, données interdites, obligation de relecture humaine

Phase 2 — Sous 3 à 6 moisGouvernance

Désigner un référent IA (DPO, juriste, DRH ou binôme RH/IT) avec accès direct à la direction

Vérifier la conformité RGPD de chaque outil IA : registre, AIPD pour le scoring, durées de conservation (2 ans max pour les CV)

Ajouter une mention d'information dans vos processus de recrutement (annonce + accusé de réception)

Vérifier qu'aucune décision n'est prise par l'algorithme seul — traçabilité dans l'ATS

Consulter le CSE avant tout nouveau déploiement d'outil algorithmique

Intégrer une clause de conformité AI Act dans vos contrats et appels d'offres SIRH/ATS

Phase 3 — D'ici décembre 2027Haut risque

Exiger de chaque fournisseur d'outil à haut risque sa documentation de conformité (articles 9 à 15)

Définir et documenter votre dispositif de supervision humaine

Mettre en place la conservation des logs des systèmes à haut risque

Planifier un audit annuel de vos usages IA

Les 5 questions à envoyer à vos éditeurs

À copier-coller dans votre prochain échange

  1. 1Votre solution intègre-t-elle des fonctionnalités d'IA ou de machine learning ? Si oui, lesquelles et à quelles étapes de nos processus ?
  2. 2Comment qualifiez-vous votre système au regard de l'AI Act (haut risque / risque limité) et sur quelle base ?
  3. 3Pouvez-vous nous fournir votre documentation technique et vos rapports de tests de biais (articles 9 à 15 du règlement) ?
  4. 4Quelles fonctionnalités permettent la supervision humaine et la traçabilité des décisions (logs, historique des validations) ?
  5. 5Quel est votre calendrier de mise en conformité, et vous engagez-vous contractuellement sur la fourniture des preuves de conformité ?

Un éditeur incapable de répondre à ces questions est un signal d'alerte — c'est vous, déployeur, qui porterez une partie du risque juridique.

Qui fait quoi en interne ?

ActionPiloteContributeurs
Cartographie des outils IARHIT, DPO
Qualification du niveau de risqueDPO / juristeRH, éditeurs
Formation des équipes (art. 4)RHPrestataire éventuel
Charte IARH + DPODirection, IT
Registre RGPD, AIPDDPORH
Consultation CSEDirection / RHÉlus
Clauses contractuelles éditeursJuridique / achatsRH, DPO

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Sources et textes officiels

Article mis à jour le 4 juillet 2026. Le cadre réglementaire évolue rapidement : la publication officielle du Digital Omnibus au Journal officiel de l'UE pourra ajuster certaines échéances.

AB

Anaïs B.

Head of HR · Fondatrice de Outil-RH.fr

Avec plus de 12 ans d'expérience RH en entreprise — de l'opérationnel au pilotage stratégique — Anaïs teste et analyse les outils SIRH et IA pour aider les professionnels RH à faire les bons choix technologiques.

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