Transparence salariale : la France a raté l'échéance
Le 7 juin 2026, la France devait avoir bouclé la transposition de la directive transparence salariale. Elle ne l'a pas fait. Depuis, le calendrier glisse de mois en mois, et le texte français va plus loin que ce qu'exige Bruxelles. Le point d'étape, parce que ce feuilleton décale votre horizon de préparation.
L'essentiel en 15 secondes
- Échéance du 7 juin 2026 ratée : la France n'a pas transposé à temps la directive (UE) 2023/970.
- Le calendrier a glissé de « voté fin 2026 » à « voté avant la présidentielle de mai 2027 ».
- Le texte français surtranspose : seuil abaissé à 50 salariés, sanctions et process alourdis.
- « Pas encore voté » ne veut pas dire « sans effet » — se préparer maintenant reste le bon réflexe.
Le 7 juin est passé, la France n'a pas suivi
La directive (UE) 2023/970 a été adoptée le 10 mai 2023, avec trois ans pour l'intégrer au droit national. Date limite : le 7 juin 2026. Ce jour-là, le gouvernement en était encore à transmettre son projet de loi au Conseil d'État. Le point de départ, pas la ligne d'arrivée.
Maigre consolation : elle est loin d'être la seule. Sur les 27 États membres, quasiment aucun n'était prêt dans les temps. Ça ne la met pas à l'abri d'une procédure d'infraction de la Commission, mais ça relativise le retard.
| Date | Ce qui s'est passé |
|---|---|
| 6 mars 2026 | Première version du projet de loi transmise aux partenaires sociaux |
| 4-5 juin 2026 | Nouvelle mouture (22 articles) envoyée aux syndicats et au patronat |
| 7 juin 2026 | Projet de loi transmis au Conseil d'État, le jour de l'échéance ratée |
| Été 2026 | Présentation visée en Conseil des ministres |
| Fin 2026 | Début espéré des débats parlementaires |
| Avant mai 2027 | Adoption visée, avant la présidentielle |
| 1er janvier 2028 | Entrée en vigueur envisagée, à confirmer |
Le calendrier qui déraille : de « fin 2026 » à « avant la présidentielle »
C'est l'aspect le plus révélateur pour qui suit le dossier de près. Fin mai, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou visait encore un vote du Parlement avant la fin 2026. Début juin, il confirmait que ce ne serait pas pour la session extraordinaire de juillet, mais « d'ici la fin de l'année ». Fin juin, sur franceinfo, le curseur avait encore bougé : présentation en Conseil des ministres « vraisemblablement » en juillet, examen parlementaire dans la « deuxième partie de l'année », et un vote espéré cette fois « avant l'élection présidentielle » de 2027.
En un mois, l'objectif est donc passé de « voté fin 2026 » à « voté avant mai 2027 ». L'entrée en vigueur, elle, est évoquée pour le 1er janvier 2028, mais rien n'est calé. Vote, promulgation, décrets d'application : la chaîne est encore longue avant que tout ça n'atterrisse dans vos process.
Pour vous, ça se résume à un paradoxe : plus de temps que prévu, mais un entre-deux juridique inconfortable. Et « pas encore voté » ne veut pas dire « sans effet », loin de là.
La France surtranspose : plancher, pas plafond
Le point de crispation, côté employeurs. Le gouvernement assume de traiter la directive comme un « plancher et non un plafond ». Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale détaille les écarts entre l'avant-projet français et le minimum européen :
- le seuil de déclaration est abaissé à 50 salariés, quand la directive ne l'impose qu'à partir de 100 ;
- le processus de correction des écarts se fait en plusieurs étapes, avec plusieurs consultations du CSE, là où la directive prévoit une évaluation conjointe unique ;
- les sanctions sont plus lourdes que le socle européen ;
- le seuil d'écart salarial qui déclenche des mesures correctives pourrait même passer sous les 5 %.
Résultat : toutes les PME de 50 à 99 salariés entrent dans le radar, alors qu'avec la seule directive elles seraient passées entre les mailles.
Mon avis — Anaïs B.
Le seuil de 50 se défend ; le retard cumulé aux surcharges, moins.
Garder le seuil de 50 salariés me paraît cohérent : c'est celui de l'Index égalité professionnelle depuis 2019, et créer une transparence à deux vitesses selon qu'on a 49 ou 51 salariés aurait surtout offert un motif de contournement.
En revanche, empiler consultations du CSE et sanctions alourdies tout en ratant l'échéance de transposition, c'est cumuler les deux inconvénients : un cadre plus contraignant que celui de nos voisins européens, et surtout un retard de transposition. Sur ce point, les réserves des organisations patronales sont légitimes.
Ce que ça change pour vous, en bref
Je ne refais pas ici le tour complet des obligations (c'est le rôle de notre guide dédié, voir plus bas). Le socle, pour mémoire : fourchette de rémunération obligatoire dans les offres d'emploi, interdiction de demander l'historique salarial d'un candidat, droit à l'information des salariés sur les critères de rémunération, et surtout renversement de la charge de la preuve. Ce dernier point est le vrai changement de logiciel : en cas de litige, ce sera à l'employeur de prouver l'absence de discrimination, plus au salarié. Le détail officiel est sur service-public.gouv.fr .
Le bon réflexe dès aujourd'hui, côté recrutement : remplacer le « rémunération selon profil » de vos annonces (celui qui décourage une bonne partie des candidats) par une vraie fourchette. Zéro risque juridique à anticiper, et un vrai gain d'attractivité.
Faut-il attendre le vote pour s'y mettre ?
Non. Attendre la loi pour agir, c'est prendre le risque de devoir tout boucler dans l'urgence en 2027.
Deux raisons. Même sans transposition, les juges français doivent déjà lire le droit national à la lumière des objectifs de la directive : le flou de l'entre-deux ne joue pas pour vous. Et préparer des grilles de rémunération lisibles, ça ne s'improvise pas : cartographier les postes de valeur égale, formaliser les critères, réconcilier des historiques de paie parfois bricolés depuis dix ans, comptez des mois.
Le terrain confirme l'urgence. Un baromètre RH 2026 relève que 75 % des professionnels RH expriment des craintes sur le sujet, la première étant les tensions internes une fois les critères posés sur la table, loin devant le risque juridique. Pendant ce temps, l'écart reste bien réel : l'INSEE mesure encore 21,8 % de différence de rémunération femmes-hommes dans le privé, dont environ 4 % restent inexpliqués à poste équivalent. Le calendrier est incertain, l'objectif ne l'est pas.
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Fourchettes dans les offres, classification des emplois, reporting des 7 indicateurs, réponses aux demandes individuelles : notre guide dédié détaille chaque obligation et les premières actions à lancer sans attendre le vote.
Lire le guide transparence salarialeFAQ
Pour aller plus loin
Sources officielles
Point d'étape arrêté au 28 juillet 2026. Le calendrier de transposition évolue régulièrement : les dates de vote et d'entrée en vigueur restent indicatives tant que la loi n'est pas promulguée.
Anaïs B.
Head of HR · Fondatrice de Outil-RH.fr
Avec plus de 12 ans d'expérience RH en entreprise — de l'opérationnel au pilotage stratégique — Anaïs teste et analyse les outils SIRH et IA pour aider les professionnels RH à faire les bons choix technologiques.
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